Monde et Montres...

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Association Horlogère d'Alsace: Vivre l'horlogerie autrement... Interview deThierry Schebath

 

 

PREAMBULE:


L'AHA (Association Horlogère d'Alsace) est une association animée par des passionés, proposant a ses membres des montres originales d'une facture excellente pour un prix qui parvient à rester modique.

 

Voici une interview de Thierry Schebath, président et créatif de l'association, pour parler de l'histoire de l'association, de ses réalisations et de ses projets. Laissez vous emporter par le tourbillon horloger!

 

 

 

 

Monde et Montres : Bonjour Thierry.

Thierry Schebath : Bonjour !

 

 

M&M : Commençons par le commencement… Quand est née l’AHA (Association Horlogère d’Alsace) et qu’est ce qui a motivé sa création ?

T.S. : En fait l’AHA, c’est une création un petit peu par hasard, presque par accident. Pour revenir un petit peu à l’origine, j’avais l’habitude pour les petites rencontres horlogère que l’on faisait sur Strasbourg que l’on appelle ici communément TFH [Tarte Flambée Horlogère, NDLR], de venir avec des montres que je faisais. Dès la première rencontre horlogère, il y a eu des compliments plutôt dithyrambiques, et donc j’ai pris l’habitude,  à chaque repas, même des repas encore une fois tout simples à 2 ou 3 personnes, de venir avec une montre que j’avais imaginée, mais avec les composants du marché, donc avec certaines   limites. Et puis, la créativité n’étant pas tout à fait là, j’étais tributaire des pièces que je trouvais, et cela a vite tourné en rond, au sens où les copains ont fini par trouver que c’était bien gentil, mais cela ne cassait pas trois pattes à un canard.

 

Mais un jour, et je pense que c’est cela qui a tout déclenché, je suis venu avec une mono-aiguille, à un repas où il y avait Guy, son épouse, Manu, et encore deux ou trois personnes. Et là Guy a eu un flash. Il a dit « Ca, c’est vraiment formidable ». J’avais utilisé des composants asiatiques, donc il était hors de question que pour Guy j’en utilise… Il m’a dit « tu as chèque en blanc pour me faire un truc de qualité Suisse ». Avec son feu vert, je me suis dit que si je devais en faire une,  parce qu’il faudra trouver les composants, je vais en faire au moins une deuxième pour moi, et puis Manu nous a dit «Et bien moi je fais avec vous ! ». Donc on a peut-être la possibilité, au lieu d’acheter du composant chinois,  de trouver un mouvement suisse de qualité, avec une belle finition, etc. Je réussis à trouver les cadrans, je réussis à trouver les aiguilles, les boitiers, et les mouvements, ça prend du temps. Il faut négocier, je n’étais pas sûr de pouvoir faire les modifications techniques moi-même, je me suis rapproché de professionnels, … Enfin bref, ça a été long !

 

Et là où il y a eu quelque part un coup du sort, un mal pour un bien,  Guy a un souci de santé et doit être hospitalisé, au moment même où je termine la première des trois montres commandées. Je me dis : « flute », il va faire passer ce projet en dernière priorité, et moi je me retrouve avec trois montres sur les bras, dont je ne saurai jamais rien faire ! Je change à la dernière minute la couronne pour remplacer la cylindrique peu préhensible par une couronne plus proéminente en me disant : « Il est faible à l’hôpital, il pourra mieux remonter la montre ». J’amène la montre à l’hôpital, et là Guy est totalement enchanté ! J’avais trouvé un mouvement suisse de haute volée en finition chronomètre, les dix-huit cotes de Genève, la totale ! Il était vraiment enchanté et il m’a dit : « Dès que je sors de l’hôpital, je fais une revue! ». Quelques jours après Guy sort, fait des photos, publie dans la « Montre du Vendredi » [sur FAM : Forum à Montres, NDLR] une première photo, reçoit pas mal de MP [Messages Privés, NDLR], et il me dit : « je mets la revue demain matin à sept heure en ligne, je donne ton pseudo pour les MP et tu te débrouilles. Tu vas à mon avis être sollicité ». Et effectivement dès la publication, j’ai reçu une centaine de messages le samedi, une centaine de messages le dimanche… Il a fallu que je réagisse ! Donc j’ai proposé d’en faire dix, pour les dix plus motivés, les plus rapides à envoyer un chèque d’acompte. J’ai eu vingt chèques entre le lundi et le mercredi, donc j’étais bien embêté… Finalement, après en avoir fait dix, j’en ai fait dix de plus, puis encore dix de plus, donc trente en tout… Et c’est comme ça que ça a démarré !

 

On en discutait à Baselworld avec les gars que l’on voit régulièrement, en 2011, et on a décidé de créer une association. Dans la foulée j’ai rédigé les statuts, on les a validés à deux ou trois, on a fait l’assemblée constituante, dans un bar-brasserie de Strasbourg, les statuts ont été déposés, et on a refait trente exemplaires de la première mono originale, puis dans la foulée, moi, pendant tout l’été, j’ai dessiné des montres, des nouveaux cadrans, ce qui a donné les monos qui ont suivi : la Abraham-Louis, la mono California, les 24H, et tout était enclenché.

 

                              monoaiguille originelle

 

M&M : Tout est né très vite, donc ?

T.S. : Oui ! Une autre motivation qui nous a poussés à créer l’association, c’était de pouvoir permettre à des personnes d’accéder à des montres avec le meilleur rapport qualité/prix possible, et de participer à une aventure horlogère.

 

M&M : Et après c’est la réalisation qui a pris du temps ? Car la Abraham-Louis, elle n’est pas sortie en 2011 !

T.S. : Non, effectivement ! J’ai dessiné les cadrans en 2011, et en fait, j’avais commencé dès le départ à demander des acomptes aux gens pour pouvoir financer les projets, vu que l’association n’avait pas de fonds, même si j’ai beaucoup financé par moi-même vu que j’achetais des boitiers, des bracelets, pour pouvoir faire des prototypes, on a mis en place très vite ce principe de souscription. Les cadrans une fois dessinés, on fait des prototypes, on les présente, on les a quasiment tout le temps présentés sur FAM, on est passé par des votes, ça a pris du temps, on est passé ensuite à des souscriptions, ça a pris du temps également. Après il a fallu fabriquer les cadrans, ce qui a pris un temps fou ! A Baselworld 2011, comme on avait décidé le matin même de créer l’association, moi je suis allé voir tout de suite des fabricants pour commander des pièces, j’ai réussi à avoir un accord dans la foulée avec SOPROD, qui a accepté de nous fournir des mouvements qu’eux finissaient en finition chronomètre, à partir d’UNITAS de base, qu’ils achetaient à l’époque au SWATCH GROUP, puisqu’ils n’étaient pas encore dans le groupe FESTINA. Ensuite, la réalisation d’un projet prend du temps parce qu’il y a des artisans qui sont dans l’industrie et qui n’acceptent pas de jouer sur des petites quantités comme ça, il faut trouver ceux qui acceptent, et même quand ils acceptent, parfois, ils rebroussent chemin au milieu du projet, et il faut renégocier les modalités, c’est parfois très compliqué !

 

M&M : Donc à l’origine, c’est toi qui faisais tes montres… D’où te viens, toi, ce goût ? Car la naissance, elle vient de là en fait !

T.S. : Oui, effectivement avant l’AHA, je faisais déjà des montres… quand j’avais entre dix et quatorze ans je bricolais des horloges parce que le parrain de mon père était horloger, installé à son compte, un petit horloger dans un petit village, à Eauze en Dordogne, et rapidement ça me passionnait de voir ces rouages… Même si je ne savais pas les tripoter, j’avais envie de devenir horloger. Mais quand j’avais quatorze ans, le quartz était déjà là très largement. Moi, je portais des montres mécaniques parce que dans la famille on était montres mécaniques, mais le parrain de mon père m’a dit « Non, Non…  ton orientation professionnelle ne peut pas être horloger, ce métier est foutu. Tu ne feras que changer des piles c’est n’importe quoi ». Mon propre parrain m’a dit que l’avenir c’était l’informatique, donc je me suis lancé dans l’informatique.

 

Dans mes passions, il y a eu le sport, que j’ai pratiqué à grande doses, mais il y aussi la moto que je pratiquais en sport mais aussi sur le volet mécanique.

 

M&M : on revient à la mécanique !

T.S. : Oui ! A un moment donné j’ai créé un site internet, au début des années 2000, pour montrer aux motards comment changer un guidon, comment décorer autrement leur moto, etc. Je proposais des designs, je proposais des pièces, …

 

M&M : tu étais déjà dans la créativité et le partage !

T.S. : Voilà ! Et ça a assez bien fonctionné, c’était rigolo comme site internet. Début 2007, j’ai eu un accident de moto assez sévère. Et là, je n’ai pas eu le droit de bouger pendant plus de six mois. J’ai fait des pieds et des mains pour sortir de l’hôpital au bout d’un mois et demi parce que je ne tenais plus, à la condition que je reste chez moi à ne rien faire. Et là, je me suis souvenu que l’horlogerie, ce n’est pas un sport violent. Ni une ni deux, j’ai acheté des vieilles montres sur e-bay, que j’ai commencé à bricoler. J’en ai cassé plus que je n’en ai réparé. Mais ça a été le démarrage. Il fallait que j’essaie de comprendre, que je commence à savoir intervenir sur une montre. Et très rapidement, après les premiers gestes de réparation, j’ai tout de suite commencé à faire des montres de pilote…  Et pendant plusieurs années, je n’ai fait quasiment que des montres de pilote ! Pourquoi, je ne sais pas, je n’ai pas d’explication rationnelle : c’est un design qui m’a tout de suite parlé. Je n’étais pourtant pas fana d’histoire militaire, même si j’ai lu des bouquins comme tout le monde, sur le Baron Rouge, sur les échecs d’Hitler, mais pas de passion pour ces domaines-là!

 

 

 

M&M : mais le look était sympa !

T.S. : oui.

 

M&M : et l’idée de la monoaiguille, elle t’est venue comment ?

T.S. : on a  un jour parlé lors d’une rencontre horlogère de MEISTERSINGER, et du retour du concept de mono-aiguille… j’ai trouvé ça intéressant mais je n’aimais pas certains détails de la MEISTERSINGER : je me suis dit que j’allais faire la mienne ! Et le fait que les cadrans solaires, que les premières horloges sur les clochers soient des monoaiguilles, que la première montre dite à souscription de Breguet soit une monoaiguille, tout cela m’a vraiment conforté dans ce choix-là. Et c’est ce fameux proto qui a plu à Guy et qui a déclenché toute la suite…

 

M&M : … et donc vous êtes partis sur la monoaiguille, en ayant en tête une grande partie de la suite ?

T.S. : Quand on a décidé à Baselworld, le matin, dans la voiture, on se disait qu’à sept, on allait créer une association « loi 1908 ». C’est une particularité de l’Alsace Moselle, et qui nous permet d’avoir un peu plus de liberté qu’une loi 1901. Et moi, tout de suite ça a fait « tilt »… J’ai commencé à avoir des idées qui me sont venues, mais j’avais encore obligation de faire les trente monoaiguilles classiques originelles, et on allait les faire dans le cadre de l’association.  Donc il fallait monter tout un ensemble de choses, la comptabilité, etc. Ca représentait déjà des mois de boulot administratif, mais dès l’été où j’ai eu un peu de temps, j’ai recommencé à dessiner des modèles que j’avais en tête. Et dès que j’ai fait un modèle, je pense tout de suite à un modèle dérivé, à un truc plus ancien ou plus moderne, ou revisité, …

 

M&M : Un peu comme la Abraham-Louis avec l’aiguille manomètre, par exemple ?

T.S. : Tout à fait ! L’ Abraham-Louis contemporaine est un mix de l’hommage, au sens noble du terme et de la version moderne.

 

M&M : Et vous êtes organisés comment dans l’association ?

T.S. : Moi, je suis beaucoup sur la création. Maintenant, Julien (alias Scooter) m’aide parce que je n’arrive pas à suivre ce qui me vient en tête. Donc je lui fais souvent des croquis, je lui donne des instructions, et lui, quand il a un peu de temps, il fait des dessins, on se revoit et on en parle.

 

Paul, le trésorier est à la comptabilité, il y a un boulot de fou ! Personne n’aurait imaginé à Baselworld que l’on atteindrait plus de deux cent cinquante membres aujourd’hui, que l’on aurait autant de travail sur les souscriptions. « C’est bon vous pouvez payer en cinq fois… » Sauf que derrière c’est cinq chèques qui sont encaissés une fois ici, une fois-là, et après il faut tout « recoller »… Pendant deux ans on a vraiment galéré parce que l’on n’avait pas pensé que ça nous prendrait autant d’énergie de faire la comptabilité de l’association. Et donc Paul a un gros boulot.

 

Au niveau horlogerie, il y a Antoine, qui est mon mentor horloger ! C’est un monsieur qui a dans les soixante-quinze ans et qui a appris l’horlogerie à partir de quatorze ans, quand il était apprenti. Il a soixante ans de métier, il a ça dans le sang à un point impressionnant, parce qu’il est toujours aussi passionné ! Quand je lui dis « voilà, on va faire des 24H », il commence à demander comment on va faire ça, je lui propose des trucs et c’est lui qui trouve les astuces techniques et fabrique les outils, et la façon de faire, et puis il est excité comme un gosse et il va bosser tout un week-end pour arriver à faire le truc ! Sans Antoine, il y a beaucoup de projets qui n’auraient jamais abouti. Parce que je ne suis pas Horloger. Je suis juste un petit bricoleur qui aujourd’hui sait faire un certain nombre de choses. il y a plein de pans de ce métier qui me manquent ! Supprimer la « Seconde », au début je ne savais pas comment faire pour que ce soit propre, j’ai d’abord trouvé un fournisseur de roue « à pivot court », mais ensuite il n’y en a plus eu, aujourd’hui on modifie nous-même les roues, à la main ! En coupant les pivots, en les polissant à la pierre et au brunissoir, comme le faisaient les horlogers il y a soixante ans ! Parce que c’est comme cela qu’Antoine a appris. Qu’avec ces outils-là. Un petit peu, sans comparaison possible, comme Philippe Dufour, qui utilise encore des outils traditionnels. Moi je n’ai pas de tour, pas de commande numérique. Mais sans Antoine, je ne serai jamais arrivé à faire tout cela.

 

M&M : les achats, c’est toi qui gère ?

T.S. : les commandes et les achats… Je n’ai pas réussi à déléguer cette partie parce que c’est intrinsèquement lié au projet, et il y a des fois où il faut adapter le projet à la technique !  C’est trop lié à la création, donc. Et puis c’est souvent un boulot quotidien, il faut faire des mails quasiment tous les jours à l’un ou à l’autre, et déléguer cela, je ne vois pas comment. Par exemple Julien, qui m’est d’une aide précieuse pour le dessin des cadrans, ou pour définir les fascicules, il n’est pas disponible parfois pendant plusieurs semaines, parce qu’il a un boulot, parce qu’il a une famille, et qu’il a moins de temps de s’occuper de l’association ! Ce qui peut tout à fait se comprendre ! Mais j’ai besoin de faire avancer les  projets sinon ils prendraient beaucoup plus de temps…

 

M&M : Finalement, quelles sont les plus grosses difficultés que vous rencontrez par rapport à des structures plus établies ?

T.S. : la plus grosse difficulté, ce sont les approvisionnements, car nous sommes toujours sur des petits volumes. Il y a un an et demi, nous avons eu un blocus de notre fournisseur de boitiers, parce qu’il en avait marre de nous livrer vingt boitiers ici, dix boitiers là… Il a dit qu’en dessous d’une commande de cent unités, il ne nous livrait plus ! Donc il a fallu que je regroupe plein de projets, que j’anticipe d’autres projets pour arriver à cent boitiers. On a du anticiper les monos « Seconde Fantôme », et les « Fliegers Seconde Centrale », qui ne seraient lancées que neuf mois après. J’ai passé des nuits blanches à essayer d’imaginer des chiffres puis les invalider, et recommencer, sans cesse.

 

M&M : c’est là où la création et les commandes doivent être ensemble !

T.S. : oui ! Parce qu’il faut que quelque chose de cohérent puisse sortir de là. Et se dire comment réagiront ceux qui suivent l’association, comment vont-ils accepter le projet, et dans quelle quantité ? Ce n’est pas du tout évident ! Est-ce que l’on va arriver à quinze Secondes Fantômes, à six Fliegers comme ceci, est ce que tous les modèles trouveront leurs amateurs ? Il y a beaucoup de pif, et puis on peut se planter à chaque coup… Et cela, je ne peux pas le déléguer, c’est impossible.

 

M&M : autre chose ?

T.S. : tout à fait… un autre inconvénient majeur que l’on a, c’est que l’on ne récupère pas la TVA. On paie nos fournisseurs avec la TVA, que l’on ne récupère pas, et cela fait quand même entre quinze et vingt pourcent de plus (selon les pays), et quand en plus on passe par des douanes entre la Suisse et la France, on paie des frais en plus et les suisses n’y vont pas avec le dos de la cuillère pour mettre des frais de port, des frais administratifs, etc. Et tout ça, parce que l’on a des petits volumes, parce que l’on n’a pas de numéro de TVA, on paie beaucoup plus cher des composants que d’autre sociétés parce qu’elles ont d’autres volumes, et d’autres conditions fiscales.

 

M&M : et a contrario, le fait d’être une petite structure, il y a aussi des aspects positifs ?

T.S. : Oui ! (enthousiaste) Il y a un lien direct entre la création et la remise de la montre ! Je vois tout, je touche à vingt métiers qui seraient occupés par vingt personnes dans une entreprise horlogère, donc ça c’est génial. Ensuite, je partage toujours avec le bureau qui est constitué de Guy et de Paul, mes idées. On a constitué ce bureau pour prendre des décisions ensemble, mais c’est empirique. L’Abraham-Louis, quand j’ai proposé le premier prototype, Guy et Paul m’ont dit que ça ne marcherait jamais, ça ne plairait à personne, ce n’était pas la peine de la lancer… La California, à chaque fois que j’ai présenté les protos, on m’a dit « cette montre va faire un carton ». Au moment de la souscription, la montre qui a été la plus souscrite c’était l’Abraham-Louis, la montre qui l’a été très insuffisamment c’était la California. Donc on n’a pas la vérité ! Et très bizarrement, la California, comme j’avais lancé tous les cadrans en même temps chez le cadranier, j’ai dit « je vais quand même faire les cadrans California. Ce dessin me plait trop ! ». Je me suis entêté, je l’ai fait, et aujourd’hui, la montre qui s’est le plus vendue dans l’association à part la mono originelle, c’est la California Petite Seconde !

 

monoaiguille california

 

M&M : tout d’un coup ça s’est décoincé !

T.S. : je pense que les premières photos réelles ont aidé. Sur des dessins et des prototypes c’est difficile de se rendre compte, c’est peut-être un peu plus facile sur des montres blanches… Par exemple la 24H Cadran Dégradé, c’est tout de même assez délicat ! Le premier proto c’était un papier imprimé, à peine une ébauche ! Et la California elle ne donnait peut-être pas toute sa puissance sur le papier. Mais une fois avec un vrai cadran et une bonne tartine de Luminova, ça donnait vraiment du muscle à tout ça, je pense que ça a fait « tilt »… un cadran California, ce n’est pas aisé à accepter visuellement tout de suite. La première fois que l’on voit un cadran California, on trouve cela très bizarre, je pense qu’il a fallu ce temps-là aux gens pour accepter ce dessin. Et notre California est beaucoup plus … virilisée ou body-buildée par rapport à un cadran California de ROLEX ou même PANERAI. Les chiffres sont trapus, très musclés, et du coup ca rajoute encore de la force. Et donc ce choc de police et de chiffre fait une montre très particulière avec une personnalité, mais ça ne fait pas forcément « tilt » tout de suite !

 

M&M : En parallèle des monoaiguilles, vous avez aussi quelques trois aiguilles plus classiques.

T.S. : On a aussi attaqué les Trois Aiguilles, oui… On a eu la Marine, on a eu les Hamilton Art Déco, donc là je suis revenu à des dessins très classiques déjà faits pour  les Secondes Vies, qui est un des moteurs de l’association aussi, il y a eu les B-Uhr, plusieurs séries aussi, c’est vrai que reboucler avec les secondes centrales, c’était vraiment faire aboutir les idées que j’avais des Fliegers « originelles ». C’est vraiment d’amener des Fliegers avec des boitiers qui aient l’air militaire, plutôt mat, avec des plexis pour faire encore plus référence aux montres anciennes, que ni Archimède, Stowa ou Steinhart n’avaient abordé de cette manière. Et donc j’ai voulu un beau calibre, et je pense qu’il est vraiment extraordinaire,  même si le dessin était dans premier temps secondaire parce que tout le monde a dessiné un jour des pilotes Type-A ou Type-B, je voulais quand même que l’ensemble soit cohérent historiquement.

 
                 3 aiguilles Marine                                         Hamilton Art Déco                       Hamilton Art Déco (Mouvement)

M&M : Et maintenant, vous commencez à évoquer le régulateur ?

T.S. : Le Régulateur est un projet sur lequel je bosse depuis plus de deux ans. Le premier projet je l’ai dessiné en automne 2012, mais j’ai arrêté de travailler dessus parce qu’il fallait que le logo soit mûr. Les premiers cadrans siglés « TS » c’était pour mettre quelque chose dessus. On ne trouvait pas de logo, personne n’avait d’idée satisfaisante, et ce que l’on me proposait ne me plaisait pas. Le « TS » ne me plaisait pas, mais au moins il y avait quelque chose dessus, il y avait une signature, ce n’était pas un cadran anonyme. On a bossé pendant des mois et des mois pour trouver un logo, il y a des FAMeurs [membres du Forum A Montres, NDLR] qui nous ont proposé des choses, qui nous ont permis de nous dire que maintenant il fallait y aller… Et on a fini par accoucher d’un logo qui nous satisfait, et qui soit versatile surtout. C’est-à-dire qu’au début une solution de facilité c’était de se dire que l’on allait faire un logo par type de design mais cela aurait été sans fin. Cela nous paraissait plus simple parce qu’on l’adaptait chaque fois au design, mais on aurait dû en créer tellement que cela nous aurait mangé trop de temps. Autant passer de l’énergie à avoir un logo plus versatile qui s’adapte à tous les designs. Et apparemment on a trouvé quelque chose qui fonctionne plutôt bien !

 

M&M : Tout à fait ! Et en plus on sent bien l’horlogerie avec cette forme de roue.

T.S. : un des trucs qui m’a débloqué, je me suis réveillé à quatre heure du matin comme ça m’arrive et je me suis dit : « Mais non ! Il faut mettre une roue de centre en haut, ça va être notre logo ! »  Et on est parti là-dessus, au lieu de mettre les serges classiques on a mis les lettres A.H.A.

 

M&M : peut-être un jour un vrai balancier avec l’ « AHA » ?

T.S. : Ça pourrait s’imaginer, c’est vrai !

 

M&M : Finalement, est ce qu’il y a une ligne directrice dans le séquencement des propositions ?

T.S. : En fait, chaque fois que j’ai un nouveau projet, je me le note dans une sorte de petite liste… qui s’allonge, plus vite que l’on ne réalise les projets ! J’essaie de me calmer un petit peu, mais même quand je travaille sur un projet, le régulateur par exemple pour y revenir, au début je voulais un régulateur vraiment « Sport-Chic ». Donc je me suis focalisé là-dessus, et le dessin me convient toujours 2 ans après, c’est ce que j’avais en tête, avec quelque truc originaux que je n’ai jamais vu ailleurs. Après viennent les contraintes… Les contraintes maintenant je les connais bien, c’est-à-dire les quantités. On va aller voir un petit gars qui fabrique des calibres (ISOPROG, BERTHET) : la personne dit qu’en dessous de vingt, cinquante mouvements, il ne fait pas. Même les tout petits, veulent un minimum en quantité. Et avec un seul dessin, on l’a vu pour les Seconde Centrale, on n’arrive pas à trouver cinquante candidats. Mais avec plusieurs dessins utilisant le même calibre, là on arrive à faire un volume compatible avec les exigences des artisans. La première fois que j’ai lancé la Seconde Centrale en 2011 (là aussi c’était un réveil à quatre heure du matin en me disant que cela personne ne l’avait fait !), j’ai trouvé dix candidats, c’était impossible. L’année suivante, j’ai relancé mon projet et j’en ai trouvé sept, mais cela ne suffisait toujours pas. Au troisième lancement, j’ai additionné à la mono Seconde Fantôme, Blanc et Noir, toutes les Fliegers, Seconde centrale aussi puisque c’est exactement le même mouvement. Avec d’autres cadrans et boitiers, mais ça, c’est plus facile à gérer. Et pour le régulateur, je vais utiliser le même truc : le « Sport-Chic » est le projet de départ, c’est celui qui sera plébiscité, en tous cas je l’espère, et après on a des sortes de séries limités en petite quantité, sur les thèmes habituels de l’AHA, monoaiguille en régulateur parce que c’est quand même un design que l’on aime bien, et qui est notre « essence » donc autant l’honorer, et aussi les Fliegers, pour faire quelques dessins qui nous soient familiers.

 

M&M : est ce qu’il y une limitation à l’imagination de l’AHA, et pour reprendre une expression à la mode, qu’est ce qui en fait l’ADN ?

T.S. : C’est une bonne question, que je me pose régulièrement, en me disant que je ne dois pas lâcher les monoaiguilles, même si quelque part on en a fait pas mal le tour. On a surement dessiné plus de monoaiguilles que la plupart des marques, même MEISTERSINGER ! Et pourtant, il y a plein de Monoaiguilles que j’ai dessinées et que je n’ai même pas présentées ! Des mono militaire avec petite seconde à neuf heure, des monos en bicolore intégral, …  Il y en a quelques un qui sont en prévision, parce qu’à chaque fois que j’ai une idée de complication, je commence à travailler sur l’interprétation sur la base Monoaiguille. Dans les cartons il y a par exemple une Mono à minute Rétrograde, une Mono à Grande Date, une Mono Phase De Lune, des Mono Email Grand Feu, … Mais si demain, par exemple on voit que la Mono Grande Date ne fonctionne pas mais que la Flieger Grande Date ça fonctionne, et bien nous ferons ce qui trouve écho chez nos adhérents, bien évidemment !

 

M&M : Comment vois-tu l’avenir de l’AHA ? Grossir un peu ou plutôt rester dans une petite structure conviviale ?

T.S. : On ne va pas grossir, on va même plutôt calmer un peu le jeu. Ça prend énormément d’énergie, plus qu’un boulot à temps plein ces dernières années pour moi. Grossir ce n’est pas possible.

 

M&M : Grossir, mais pas forcément tout seul !

T.S. : on a régulièrement des gens qui proposent de nous aider… J’y réfléchis régulièrement, mais c’est très difficile de leur proposer d’intégrer le process, parce que les approvisionnements sont énormément liés à la gestion des commandes aux fournisseurs, elles même liées aux commandes des souscripteurs, et avec les impacts qu’il y a sur la création initiale ! Et je n’ai pas trouvé de solution, je ne sais pas si j’en trouverai une, et en attendant, nous allons faire peut-être un petit peu moins de montres, moins de projets. Peut-être qu’avec le temps on trouvera d’autres pistes pour l’organisation, comme on a aujourd’hui un très bon fonctionnement entre le trésorier et moi qui gère les commandes. Au début on a eu certaines situations inextricables, mais on a su mettre en place des outils de partage pour tenir une comptabilité aussi rigoureuse que celle d’une société.

 

M&M : Donc rester sur une petite structure conviviale…

T.S. : Pour aujourd’hui, oui. Le bureau  trouve toujours qu’il y a trop de projets en même temps. C’est une question aussi d’énergie et de disponibilités. Nous ne sommes qu’une association avec des bénévoles, avec d’autres occupations. Et moi, professionnellement, je vais pouvoir passer moins de temps à l’AHA, donc on va être obligés d’être sur un rythme un peu différent.

 

M&M : Thierry, Merci.

T.S. : Merci également.

 

 Pour en savoir plus:

- Site internet de l'AHA: http://www.ashoda.fr/

- Suivre l'aventure sur ForumAMontres: L'aventure des Monos de l'AHA

 

 

 

 

 



17/09/2014
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